Rosy Lamb

In the family of things

8 rue de Francs Bourgeois, Paris 3e
December 11-30th, 2020

Mon modèle pose.

Je le regarde et j'essaie de voir autour de lui en même temps. Nous bavardons, nous taisons, écoutons de la musique. Je travaille bien ou n'y parviens pas. Le modèle peut le sentir. Quand j'ai du mal, parfois le modèle me demande «Comment savez-vous que la peinture est terminée?" C'est une question piège. Ma peinture pourrait finir à tout moment, avant même de commencer, lorsque, tel un ange, je vois clairement. Mais cela ne sera jamais terminé quand je suis pleine de pensées et d'envies que ce soit bon, de faire quelque de moi.


Le jour suivant, le modèle est de retour à sa place. Chacun de nous est lavé de ses attentes, emportées par mon impossibilité à voir clairement la veille. Nous recommençons. Dans l'immobilité, un angle droit de lumière apparaît, le nez et l'épaule forment un L. parfait. Le lit triangule. Je vois du bleu là où il n’y a pas de bleu. Le modèle est insouciant et tout est là! Une seconde chance. Je recommence.

In the family of things

Dans mes peintures, le sujet n'existe pas en dehors de ce qui l'entoure, de mon humeur et de ma capacité à regarder ouvertement dans l'instant. Pour créer une peinture qui contient une vérité et qui invite aussi l'invisible, je dois accueillir dans mon processus un inconfortable et quasi combustible mélange de détachement et d'intuition.

Je réponds à ce que je vois dans le temps limité pendant lequel mon modèle supporte la pose, avant de devoir secouer son corps et ne peut-être jamais plus retrouver l'exacte même position. Même si j'ai cette chance, nos humeurs, la lumière, le monde extérieur, quelque chose d'autre aura changé.

Pendant que je suis en train de travailler, je dois rester immobile moi aussi, garder les yeux au même niveau par rapport au modèle, tout en tâchant d'être insouciante, d'accepter ce que je peux attraper de ce moment, ainsi que tout ce qui ne peut être capturé, les détails imprimés seulement dans ma mémoire.

Pourquoi travailler de cette manière tortueuse? Parce que la relation, entre mon modèle et moi, notre présence ensemble, est tout. Tout ce que je veux vivre, tout ce que je veux exprimer. Parfois, l’image du modèle dans la peinture est presque effacée, mais sa présence demeure.

Peindre dans les temps de pauses de mon modèle est un processus beaucoup plus accidentel que de travailler à partir d'une idée de ce que je veux représenter, pourquoi et comment. Les traits de peinture eux-mêmes ne sont pas décidés par mon esprit. Pour découvrir ce que je vois, je dois suivre aveuglément les formes et les couleurs qui se forment devant moi, sans leur donner aucun sens. C'est un cheminement dans la foi.

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